Un nouveau média physique est-il nécessaire ?

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Depuis que la culture est devenue accessible au grand public, les médias n’ont cessé d’évoluer. De la VHS au Bluray, c’est presque 30 ans qui séparent ces deux technologies. 15 ans après l’apparition sur le marché de ces disques optiques de très haute capacité, la question de l’espace de stockage est encore remis en question.

Disquette

De la disquette au CD-Rom

La plus grosse révolution, selon-moi, qu’a connu la culture ces dernières décennies, c’est probablement l’arrivée du format optique qui, pour la première fois, permettait de stocker des quantités assez hallucinantes de données pour l’époque. Habitués aux disquettes qui offraient la possibilité d’archiver des fichiers tant qu’ils ne dépassaient pas 1Mo, le CD, quant à lui, était 700 fois plus gros. C’est un peu plus tard qu’arrivera le DVD, capable de stocker jusqu’à 8Go. Un format qui a permis de regarder ses films dans de meilleures conditions et de les conserver beaucoup plus longtemps. Les VHS ayant la fâcheuse tendance à se dégrader avec le temps.

Mine de rien, ces nouvelles capacités de stockage ont apporté beaucoup à la culture. On a commencé à voir arriver des jeux vidéo avec des cinématiques incroyables et les films vendus sur le marché proposaient même des bonus comme des interviews de réalisateurs ou des making-of. Malgré un coût de fabrication ridicule, le CD et le DVD n’auront jamais eu aucun impact sur le prix de vente des médias et c’est, probablement, une des raisons qui aura poussé les consommateurs à se tourner vers le piratage. L’industrie de la musique et du cinéma aura fait de très mauvais choix durant cette période et l’ajout de DRM n’aura fait qu’empirer les choses. Un sujet dont je vous reparlerai très probablement.

Tu les as vu mes gros Gigas ?

Aujourd’hui, la norme, c’est essentiellement le Bluray. Que ce soit pour les jeux vidéo ou le cinéma, ces deux industries ont su profiter des capacités de stockage qui peuvent aller jusqu’à 128Go. Du côté de la musique, si les Bluray audio existent, le dématérialisé aura eu raison de la qualité d’écoute. Si pour un long métrage, ces 128Go suffisent amplement pour de la 4K, la 8K qui commence à tenter une percée dans le marché risque de mettre à mal ce format. Pour le moment, aucune solution ne semble se profiler à l’horizon.

Bien que le dématérialisé semble être le choix de l’industrie, les récentes levées de boucliers contre les patchs beaucoup trop lourds de “Call of Duty: Modern Warfare – Infinity Ward” ou la complexité du téléchargement de “Microsoft Flight Simulator” montre aussi que cette solution semble avoir ses limites. Ce sont typiquement les genres de titres auxquels je n’ai pas accès du fait de ma connexion. Dans ces deux cas particuliers, il me faudrait (environ) plus d’une semaine pour effectuer un téléchargement complet si je veux continuer à utiliser ma machine en parallèle. Une semaine qui laisserait le temps aux développeurs de proposer une mise à jour qu’il faudrait ensuite télécharger. Bref, c’est inconcevable. Il y a d’ailleurs d’autres problèmes liés au dématérialisé que j’avais évoqué dans un autre article sur la PS5 Digital Edition. Idem pour le streaming qui reste assez compliqué à utiliser.

Vers un nouveau standard ?

En regardant un peu ce qui se fait sur le marché, la cartouche semble être une solution utilisée sur le marché du jeu vidéo. Si ces petites cartes ne proposaient que 4Go sur PS Vita, chez Nintendo et particulièrement sur la Switch, la capacité peut aller jusqu’à 64Go. Bien que soit évoqué des cartouches pouvant aller jusqu’à 128Go, le souci semble rester le même qu’avec le format optique. Le véritable problème de poids pour ce média étant son coût de fabrication. On ne parle pas de cartes SD avec de la mémoire bon marché mais de ROM avec d’excellentes performances. Sur ce point, on surpasse clairement le Bluray limité par ses contraintes physiques.

Cartouche Nintendo Switch

Le format cartouche présente pas mal d’avantages mais, lui aussi, est limité par l’espace de stockage de manière a rester assez bon marché. Selon moi, ça n’est pas une solution viable pour l’avenir. La high tech ne cesse de nous étonner et il ne serait pas étonnant que de nouvelles solutions de stockage rapides et accessibles puissent voir le jour dans les années à venir mais pour le moment, nous sommes face à un mur. Ces limitations techniques, limitent aussi la création et c’est, pour moi, le plus gros problème.

Compression et puissance de calcul

Si le cinéma a trouvé une solution avec des codecs particulièrement puissants, la compression semble être la voie qu’emprunte cette industrie. Un film utilisant H.265/HEVC peut permettre de belles prouesses. Bien que l’on aura pas la même qualité qu’un Bluray, on peut trouver des longs métrage en 1080P qui pèsent moins de 5Go. L’idée c’est travailler avec des algorithmes capables de restituer l’image la plus fidèle à l’originale tout en réduisant son poids. Avec l’évolution des IA, aucun doute que pour le cinéma, l’espace de stockage ne sera bientôt plus un problème.

Du côté du jeu vidéo, ces dernières années, le poids des titres est devenu de plus en plus imposant. La norme ayant tendance à aller vers plus de 100Go, le physique comme le dématérialisé montrent leurs limites. Là encore, il est possible de compresser les données sur un disque ou lors du téléchargement mais les algorithmes de compression ne sont pas magiques et sont limités par la complexité de certains fichiers qui sont déjà optimisés pour la plupart.

Une chose à prendre à considération, c’est la puissance de calcul de nos machines. La nextgen qui pointe le bout de son nez va apporter son lot d’innovations notamment autour des CPU et GPU qui vont être capables de traiter ces énormes fichiers en un temps record. Pour résumer rapidement, dans un jeu, les éléments qui sont lointains utilisent des textures et des modèles 3D simplifiés. Le problème c’est que l’on a besoin de créer de nouveaux fichiers pour tous ces cas de figures. On multiplie les assets pour un seul et même élément et c’est probablement ça qui prend le plus de poids (et de temps de développement).

La petite révolution qui se prépare va se faire de ce côté là. Les consoles et les PC vont être en mesure de n’utiliser qu’un seul modèle haute résolution pour tous les cas de figures (grossièrement). C’est à dire que les développeurs n’auront besoin que d’un seul fichier pour un élément. Très clairement, on va gagner beaucoup d’espace sur les disques qui commencent à être étroits.

Avec le coût des jeux qui commence à être mis sur la table, certaines réflexions autour de la durée de vie des titres commencent à apparaitre. Quand on sait que la plupart des joueurs ne les terminent jamais, on peut tout à fait se poser la question. N’est-il pas plus pertinent d’offrir une vingtaine d’heures de divertissement dont on verra la fin plutôt que des centaines dont on ne verra jamais le bout ? C’est un choix que va devoir faire l’industrie et pour des raisons évidentes de coûts et afin d’éviter certains crunchs pour les développeurs. Cette philosophie peut tout à fait avoir un impact sur le poids des jeux.

Le futur du physique

Bien entendu, on ne va pas se voiler la face. L’avenir c’est le tout dématérialisé. Fini les bibliothèques de livres, de jeux ou de films. Une petite box sera suffisante pour avoir accès à l’intégralité de la culture mais il est très clair que de nombreuses personnes seront oubliées dans certains déserts numériques. Alors que l’on parle de 5G, certains coins de France ne proposent même pas de la 3G stable. C’est la même chose pour les connexions ADSL qui ne peuvent pas supporter des téléchargements trop lourds et les FAI n’ont que très peu d’intérêt à aller fibrer certains endroits.

Si on risque d’être totalement dépossédés de tout dans un avenir proche, il va aussi se creuser certaines inégalités en terme d’accès à la culture. Un fois que le dématérialisé sera la norme, nous serons prisonniers de ces services qui pourront appliquer les tarifs qu’ils souhaitent et on ne pourra rien y faire. Adieu également le marché de l’occasion qui permet un accès à ces médias à moindre coût.

Je ne vous cacherais pas que cet avenir ne me fait pas très envie mais c’est aux consommateurs de décider de l’avenir. Les choix que nous faisons aujourd’hui auront un impact sur l’avenir. Espérer un nouveau standard physique adapté aux nouveaux usages est très certainement une utopie mais elle me semble essentielle.

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