Syndrome de Stockholm : j’ai joué au DLC Watch Dogs Legion Bloodline

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Profitant d’une petite promotion dans mon supermarché local, j’avais craqué pour Watch Dogs Legion et si vous me lisez régulièrement, vous savez que j’ai assez de mal avec les titres de chez Ubisoft. Cette sensation de toujours rester sur ma faim est toujours présente bien que je fasse réellement des efforts pour m’intéresser aux franchises de cet éditeur breton.

Wrench

L’écriture putain !

Si je n’ai jamais particulièrement été convaincu par les titres de Ubisoft, ce Watch Dogs Legion n’échappe pas à la règle. Bien que le gameplay, l’univers et les personnages restent cools, j’ai toujours beaucoup de mal à m’attacher aux héros. Assassin’s Creed Valhalla m’avait particulièrement fait cet effet là et ce nouveau DLC, bien qu’agréable à parcourir, reste assez lisse. Bien que l’intégration des protagonistes des opus précédents est plaisant. On est sur du gros fan service, sans plus. Ces nouveaux contenus utilisent les mécaniques du titre original et proposent de nouveaux gadgets pour s’amuser dans cet open world. Concrètement Bloodline offre ce que l’on attend d’un DLC mais rien de plus. Petite mention toutefois au personnage de Wrench qui reste le plus pertinent et qui semble avoir profité d’une écriture un peu plus soignée, de mon point de vue. Quant à ce Aiden Pierce vieillissant, difficile de s’y attacher une nouvelle fois. Malgré tout, le duo fonctionne assez bien et l’histoire aura réussi à me faire rire à plusieurs reprises. La personnalité de Wrench y étant pour beaucoup.

Mais ça s’arrête là. L’histoire n’est qu’un prétexte pour proposer de nouvelles missions qui, au final, n’apportent pas grand chose. Attention, ça reste fun et j’ai pris du plaisir à jouer à cette extension mais c’est toujours au niveau de l’écriture que ça coince avec moi. L’univers de Watch Dogs est intéressant et aborde des thématiques qui n’ont jamais été aussi pertinentes qu’aujourd’hui. Pourtant, comme à son habitude, Ubisoft ne fait qu’effleurer ces thématiques alors qu’il y aurait tellement à raconter. Encore une fois, nous sommes face à produit de masse et qui ne prendra aucun risque pour plaire au plus grand nombre. Basiquement le jeu nous dit « ah là là les réseaux sociaux et les objets connectés c’est dangereux » et c’est à peu près tout. Si j’effectue actuellement mon grand Chelem des titres Ubisoft, je reste toujours sur ma faim. Je n’aurais même pas eu le courage d’aller au bout d’Assassin’s Creed Valhalla tant ce jeu sentait la redite et les personnages assez peu attachants, toujours de mon point de vue.

Je voulais aller au bout de cette expérience Watch Dogs et j’ai opté pour ce season pass qui devrait offrir de nouvelles choses très prochainement. Très clairement je garderai un bon souvenir de Watch Dogs Legion et de ce DLC mais je n’irai pas jusqu’à dire qu’il fera partie de mes « jeux cultes ». Pourtant Ubisoft a tellement les moyens de proposer des expériences uniques mais le mal qui ronge cet éditeur, c’est très certainement ce manque de prise de risque. Ils peuvent se le permettre et les DLC sont une belle occasion pour ça. Surtout lorsque l’on s’attarde sur des personnages que l’on connait déjà bien. J’insiste toutefois sur le personnage de Wrench qui montre son vrai visage, au sens propre comme au figuré. Si cela reste assez téléphoné, pour moi, c’est la meilleure réussite de ce Bloodline en terme d’écriture.

Pourquoi c’est chiant alors ?

Si je comprends pourquoi la plupart des triples A d’Ubisoft sont populaires, j’ai toujours eu du mal à adhérer à cette écriture relativement lisse qui ne veut pas aller au bout des choses. Pour moi, Watch Dogs Legion en est un très bon exemple. Si Londres est un très beau terrain de jeu, c’est le principe même du titre qui rend compliqué l’attachement aux personnages puisqu’ils sont interchangeables. Bien qu’ils aient réussi à insuffler une certaine personnalité à ces modèles 3D, on vite fait de les remplacer en fonction de ses besoins ou de sa manière de jouer. Le challenge était de taille mais très clairement, il était difficile de mettre un peu de background sur ces PNJ qui ne sont que des outils de gameplay.

En revanche, le DLC Bloodline promettait de s’attarder sur personnages que l’on connait déjà bien. Selon moi, il aurait été intéressant de pencher un peu plus sur eux au lieu de se limiter à quelques clins d’œil aux opus précédents de Watch Dogs. Aiden Pierce est ennuyeux au possible pourtant c’est une personne assez torturée même s’il y a un petit passage qui tente de nous l’expliquer façon Silent Hill. Là encore, on est sur du fan service et, au mieux, on nous montre ce que l’on savait déjà. Le premier épisode de la franchise s’était largement attardé sur ce pan de la vie d’Aiden. Wrench, quant à lui, profite du fait que c’était un personnage secondaire assez mystérieux finalement. On en apprend un peu plus sur lui et on en découvre un peu plus de sa personnalité. Si le côté « j’enlève mon masque parce que je suis une personne différente » ne va pas chercher loin, au moins il évolue un peu tout du long de l’histoire.

Avec ce DLC, je continue ma thérapie avec les jeux Ubisoft. Je commence à toucher du doigt ce qui me bloque souvent dans leurs titres. Les univers de cet éditeurs sont riches, ils savent créer des personnages et les gameplays sont maintenant bien rodés mais je n’arrive que très rarement à être touché parce que l’on me raconte. Peut être que c’est ça le problème d’Ubisoft : ils n’ont rien à raconter. Malgré le fait que la thématique de Watch Dogs soit quelque chose qui me parle beaucoup, j’ai le sentiment que l’on n’est pas allé au fond des choses. Le DLC est sympa, prolonge l’expérience mais c’est tout. Je n’ai jamais eu le souffle coupé par ce qui s’y passait.

Les joueurs ne sont pas des idiots

Par curiosité, j’ai été jeter un œil sur les différents tests des précédents opus de Watch Dogs et je retiendrais ceci : « réalisation quelconque » et « scénario bateau ». Une critique qui a été adressée depuis 2014. Le problème ne vient donc pas seulement de moi ou d’une forme de mauvaise foi mais bien d’un souci inhérent à la plupart des titres Ubisoft. A mesure que le média a évolué, les joueurs aussi. Le jeu vidéo a atteint une certaine forme de maturité et il semble normal d’être plus exigeants aujourd’hui. Bien que je trouve la presse spécialisée plutôt clémente sur ce point, il y a là un véritable axe de progression pour Ubisoft. Ils savent le faire et ils en ont les moyens mais ils ne le font pas. Probablement par peur que leurs titres ne se vendent pas s’ils « osent ». Leurs franchises sont pourtant bien installées et les mécaniques de jeu plutôt bonnes. En bon breton, Yves Guillemot sait qu’ajouter un peu de beurre dans ses recettes peut changer le gout d’un plat et c’est exactement ça qu’il manque à Ubisoft.

En fin de compte, j’ai souvent le sentiment que les scénaristes sont bridés par une espèce de cahier des charges à respecter et que l’entreprise prend soin de ne jamais sortir des sentiers battus. On parle de titres PEGI 18, on s’adresse à des adultes capables de compréhension. Pourtant j’ai toujours l’impression que les jeux Ubisoft utilisent des grosses ficelles scénaristiques et n’osent pas aller plus loin que ce qu’un adolescent serait en mesure de comprendre. Le média a changé, les joueurs aussi. Nous sommes tout à fait en droit d’attendre un véritable effort sur cet aspect de l’écriture. Typiquement, l’univers de Watch Dogs se déroule dans un monde qui pourrait être plus cyberpunk mais reste assez « propre ». Trop lisse selon moi malgré quelques tentatives d’aborder des sujets politiques (si ! si !) très pertinents comme l’abus de pouvoir des autorités et de ses dérives.

Le transhumanisme, les intelligences artificielles et toutes ces nouvelles technologies qui arrivent doucement dans notre monde réel y sont abordées mais en surface seulement. C’est très regrettable car il y a de vraies réflexions possibles sur ces thématiques qui peuvent vraiment faire déborder l’imagination et je ne parle que du cas de Watch Dogs. Immortal Fenyx Rising avait bien tenté quelque chose dans sa forme et avait montré que Ubisoft savait être créatif. Je l’ai déjà dit et je le répète ici, cette entreprise est un véritable vivier de talents et j’ai le sentiment qu’il n’est pas exploité à son plein potentiel. Tout le monde a bien compris que l’éditeur savait faire de bons jeux mais la marge de progression en terme d’écriture est bien là.

Vers plus de liberté aux créatifs

Ces derniers mois ont montré que le management au sein de l’entreprise n’était pas toujours très clean. Une chose qui peut expliquer certaines mauvaises décisions. Si on ne sait pas à quel point cela pu affecter la créativité, on espère que les changements qui se sont opérés chez Ubisoft marquent aussi un tournant dans leur manière de faire des jeux. Il y a toujours de bonnes idées en matière d’écriture mais très clairement on est toujours sur un modèle lisse au possible. La peur d’effrayer les investisseurs ? Peut être mais on peut tout à fait faire des choses populaires et pertinentes à la fois. Je peux me tromper mais je n’ai pas le sentiment que le problème vienne des créatifs eux même mais d’une machine bien rodée qui agit comme un rouleau compresseur sur la créativité et l’originalité.

On ne parle pas d’un petit studio indépendant, c’est Ubisoft. L’éditeur a beaucoup de ressources et est tout à fait en mesure de proposer des expériences nouvelles et oser les défis les plus fous. Si l’histoire de Watch Dogs Legion avait été plus profonde, je doute que cela aurait affecté les ventes, bien au contraire. Si une histoire marque les joueurs, ils en parlent autour d’eux et incitent les autres à se lancer dans l’aventure. Quand j’en parle autour de moi, j’explique que c’est « marrant », c’est un bon « passe-temps » mais à aucun moment j’évoque l’histoire que j’ai déjà oublié. Et si un bon scénario marquant et pertinent était aussi un levier marketing ? Je le pense profondément. Des titres comme The Last of Us part. 2 ou Cyberpunk 2077 ont grandement divisé les opinions pourtant on ne peut pas dire que cela a été des flops.

Je veux y croire. La passion est bien présente chez Ubisoft et j’espère toujours qu’un jour, ils arrivent à me convaincre pour de bon. Ce DLC reste sympathique si vous avez apprécier Watch Dogs Legion et on retrouve avec plaisir les héros des précédents épisodes.

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