Streaming de jeux vidéo : quel avenir pour les studios ?

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La grosse révolution qui s’opère actuellement dans l’industrie du jeu vidéo c’est le streaming. Bien que cela puisse poser quelques problèmes d’accessibilité à la culture, se posera aussi la question du financement des jeux.

PlayStation Now

Le modèle Netflix

C’est probablement Netflix qui a popularisé ce concept du tout accessible contre un forfait. Un modèle très largement utilisé dans l’industrie du porno également depuis près de 20 ans et qui est rapidement devenu rentable du fait des coûts de production ridicules. Une idée qui n’est pas franchement nouvelle mais qui commence à devenir la norme depuis quelques années. Avec des offres comme le Xbox Game Pass, c’est tout un catalogue de titres qui s’offre aux joueurs contre un petit abonnement très abordable. Sur le papier c’est plutôt quelque chose d’assez intéressant et bon marché. Toutefois se pose la question légitime du financement des œuvres avec ce même modèle.

On le voit bien avec Netflix, si leurs productions sont assez qualitatives, on est assez loin des budgets que l’on peut avoir au cinéma ou à la télévision. Rajoutons à cela que l’entreprise espère seulement devenir rentable cette année. Avec près de 200 millions d’abonnés, on comprend mieux à quel point les investissements peuvent être lourds. Pour mettre en perspective, le Xbox Game Pass attient à peine les 20 millions d’utilisateurs. Il semble évident que xCloud touchera encore moins de joueurs. Chez Sony, on estime à 2 millions de personnes qui ont été séduites par le PS Now. On imagine donc mal ces sociétés déployer des milliards de dollars pour produire de nouveaux contenus triple A sur une plateforme de streaming.

Développer des jeux coûtent de plus en plus cher

Pour répondre à une demande de joueurs de plus en plus exigeants, les titres sont devenus beaucoup plus gros et demandent des investissements assez conséquents. Si l’augmentation du prix des jeux a été évoquée un temps, il semble nécessaire de trouver de nouveaux moyens de financements si l’on veut que l’industrie continue à être rentable. Vendre un jeu à 80€ de nos jours semble assez utopique surtout face au déploiement des offres par abonnement. Que ce soit le téléchargement avec le Xbox Game Pass ou le streaming avec xCloud ou le PS Now. Va donc revenir sur la table la question de la rentabilité et il ne fait aucun doute que ce modèle par abonnement génèrera moins de revenus que le modèle actuel qui consiste à acheter ses jeux à l’unité. Si Microsoft est dans une période de séduction et signe des chèques dans tous les sens, il est assez peu probable que cette manière de faire puisse continuer sur le long terme.

Ce qui risque surtout de se passer, ce sont des coupes budgétaires dans les studios qui n’auront d’autres choix que de proposer des titres plus modestes. Adieu donc les open worlds avec une durée de vie de 200h. D’autant plus que le mode de consommation risque aussi de changer avec la culture du « picorage » qui commence à apparaitre avec le Xbox Game Pass. On joue quelques heures à un jeu avant de passer à un autre. Si cela devenait la norme, il y aurait-il encore un intérêt à proposer des triples A ? Concrètement le risque ici, c’est de voir ce divertissement se transformer et de voir petit à petit les jeux ambitieux disparaitre. Encore une fois, on le voit avec Netflix qui n’a jamais eu l’ambition de produire des blockbusters. Ils proposent de films corrects, au mieux. C’est clairement la direction que devra prendre l’industrie vidéoludique si ces offres par abonnement se démocratisent.

Une aubaine pour les studios indépendants ?

Toutefois la force d’un Xbox Game Pass, c’est sa capacité à mettre en lumière des jeux auxquels les joueurs n’auraient pas forcément prêté attention s’il avait fallu passer à la caisse. Les studios indépendants peuvent avoir leur mot à dire dans cette transformation tant les jeux qu’ils proposent collent assez bien avec le modèle par abonnement. Des jeux courts et bon marché qui ont toute leur place sur ce genre de plateformes. Le revers de la médaille, c’est qu’il ne pourra plus réellement y avoir de success stories comme celles de Minecraft ou de Valheim. En tout cas, cela semble assez peu probable tant les financements seront limités d’une manière ou d’une autre. L’achat à l’unité permet aussi à ces développeurs de faire vivre leur titre sur le long terme. Une chose qui ne collerait pas forcément avec le modèle par abonnement. Restera l’option des micro-paiements au sein même des jeux. Un autre modèle qui semble assez peu séduisant, pour être tout à fait honnête.

Il semble donc nécessaire que les deux modèles économiques subsistent en parallèle. Découvrir un titre sur le Xbox Game Pass de manière temporaire et passer à l’achat si réellement le jeu a un intérêt pour vous doit devenir la norme, dans le pire des cas. En effet, sans le financement direct par les joueurs, il est peu probable que les petits studios puissent être en mesure de maintenir certains titres sur le long terme. On imagine assez mal Microsoft signer des chèques à l’infini pour un seul jeu car, encore une fois, il arrivera un moment où la question de la rentabilité de ce genre de plateformes se posera. Dans l’ensemble, ces budgets réduits limiteront forcément l’ambition des développeurs de manière générale.

Qu’a-t-on à y gagner ?

Tout va se jouer du côté des consommateurs. S’il ne fait aucun doute que pour le moment l’offre est très alléchante puisqu’elle propose des triples A, sur le long terme, il est certain que ça ne sera plus possible. La disponibilité le jour de la sortie sur un Xbox Game Pass pourrait aussi être remis en question. Et si ces offres par abonnement permettaient de donner une seconde vie à des titres plus anciens ? Ce serait un manière plus sage de procéder, selon moi. Une sorte de chronologie des médias adaptée au jeu vidéo. Une alternative aux soldes qui pourrait être pertinente. En tout cas, quoi qu’il arrive, il faudra aussi compter sur le PC qui représente la moitié du marché gaming. Avec ce genre de modèle économique, on imagine mal une console être rentable uniquement avec un forfait par abonnement. Le business de PlayStation ou de Nintendo repose essentiellement sur la vente de jeux. Et si ces abonnements supplantent le modèle actuel, il faudra forcément chercher de nouveaux utilisateurs qui sont essentiellement sur PC et mobile.

Une chose est certaine, le marché est train d’évoluer vers autre chose. Que cela plaise ou non, le dématérialisé va rapidement remplacer le format physique. Les enjeux vont aussi changer et il va réellement falloir repenser le modèle dans un avenir proche. Reste à savoir comment les joueurs vont adopter ces nouveaux services qui risquent de poser d’autres questions autour de la conservation du patrimoine vidéoludique. Une question qui n’intéresse guère PlayStation et qui n’offre que le piratage comme roue de secours. Le problème c’est que le piratage ne sera pas non plus possible si le streaming devient la norme. On risque alors de voir des titres sombrer totalement dans l’oubli et ça, c’est quelque chose d’assez triste.

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