Les gamers sont des cons

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Alors que l’industrie du jeu vidéo rapporte de plus en plus d’argent, il était évident que le cinéma allait s’intéresser à ces franchises qui font pleuvoir l’argent. Les adaptations sur grand écran ne sont pas franchement nouvelles mais, de mémoire de gamer, rares ont été celles qui rendaient réellement hommage aux oeuvres originales. Alors que l’on annonce un film “Monster Hunter”, les quelques images que l’on a pu voir et les fuites autour de l’histoire nous font dire qu’il est d’ors-et-déjà à côté de la plaque.

Milla Jovovich sexy dans Resident Evil

De la manette au cinéma

Qui de mieux que Paul W.S. Anderson pour réaliser un film tiré d’un jeu vidéo ? N’importe qui d’autre me direz-vous et vous auriez certainement raison mais Hollywood a décidé que c’était l’homme de la situation. On lui doit “Mortal Kombat” ou la saga des “Resident Evil” (étonnamment divertissante mais qui passe totalement à côté de l’intérêt des jeux). Il aura également produit l’imbuvable “DOA: Dead or Alive” mais qui aura eu le mérite de transposer au cinéma le sexisme du jeu vidéo, pour le coup on ne peut pas lui reprocher d’avoir fait un long métrage pour des beaufs. Ce réalisateur est probablement le plus prolifique en matière d’adaptations mais ses films ne sont pas les seuls à montrer l’univers vidéo-ludique au travers de long métrages.

En 2005, Andrzej Bartkowiak portera à l’écran la franchise culte “Doom” mettant en scène un Dwayne Johnson psychotique. Si le seul réel intérêt de ce film reste sa scène en vue subjective, elle dénote totalement du reste du long métrage et sort le spectateur de l’histoire. Un money shot regrettable qui n’avait que pour seul but de proposer de jolies images dans la bande annonce. Bien que la franchise “Doom” ne brille pas forcément par son scénario, l’univers qu’elle propose est bien plus riche que ce que l’on a bien voulu nous montrer.

Angelina Jolie dans Tomb Raider

Le phénomène “Tomb Raider” aura lui aussi le droit à ses adaptations. Avec Angelina Jolie au casting, on s’attendait à un “Indiana Jones” au féminin mais le choix artistique se dirigera plutôt vers un film d’action et pas franchement représentatif de la saga. Bien que divertissants, la plupart de ces films ont tendance à cibler ce qui ressemble à un stéréotype du gamer. Un beauf, incapable de réfléchir et qui veut voir des jolies filles et des flingues. Clairement, pour Hollywood, les joueurs sont des cons.

Un phénomène récurent

Un film “Uncharted” est également annoncé dans les mois à venir et si le court métrage avec Nathan Fillion nous fait dire qu’il y a là un réel potentiel, il faudra faire avec un Tom Holland, plus bankable. Au lieu de s’intéresser aux incroyables explorations de Nathan Drake qui font tout le sel de cette licence, les producteurs ont décidé de se tourner vers la jeunesse du héro. On attend de voir mais cela ne semble rien annoncer de très pertinent.

Le Tomb Raider de 2018 avait tenté une autre approche, mettant en scène Alicia Vikander et se rapprochant un peu plus du personnage de Lara Croft qui a été très modernisé ces dernières années. Si ça n’est pas le pire film que l’on a pu voir, c’est une oeuvre oubliable et qui ne marquera probablement pas l’histoire du cinéma. Vous l’aurez compris, les exemples sont très nombreux et la plupart du temps, nous avons le droit à des adaptations qui vont du correct au médiocre. Une situation particulièrement cocasse lorsque l’on connait la richesse des univers que propose le jeu vidéo.

Ciblage marketing à côté de la plaque

Parce que les gamers n’attendent que de la violence, de l’action et des meufs bonnes, c’est souvent la même soupe que l’on nous sert et c’est tout simplement triste de voir ces franchises cultes être traitées de la sorte. Certes, certains de ces longs métrages sont regardables et permettent de passer des moments sans prise de tête mais le jeu vidéo vaut mieux que ça. Comme si Hollywood voulait ternir l’image de ce média qui lui fait concurrence. Et oui, ils n’ont aucun intérêt à ce que vous passiez votre temps sur “Fortnite” au lieux d’acheter leurs films.

Ancré dans de vieux stéréotypes, Hollywood cible une franche de la population qui n’est pas très représentative du public gamer. Aujourd’hui, tout le monde joue, que ce soit sur les dernières consoles à la mode, sur PC ou sur mobile. Les personnages de jeux vidéo sont entrée dans la pop culture et rares sont ceux qui ne connaissent pas Mario ou Sonic. Ca n’est plus un marché de niche qui s’adresse à quelques nerds, c’est un divertissement grand public. Populaire au point que si ces films étaient réellement bons, ils pourraient toucher une audience encore plus large. Malheureusement, c’est encore loin d’être le cas.

Des oeuvres intéressantes

Tout n’est pas forcément noir ou blanc, certaines franchises ont eu le droit à des adaptations plus ou moins réussies. Les films “Silent Hill” en font partie, selon moi, et bien qu’il passe eux aussi à côté du concept original, l’ambiance y est très réussie, la réalisation poussant le vice jusqu’à intégrer cette fameuse brume qui permettait d’outrepasser les limitations techniques de la première PlayStation. Un joli clin d’œil et des références marquées pour les fans de la saga. On imagine qu’il aurait pu avoir un meilleur scénario et peut être un peu moins de fan service mais son esthétique est très fidèle à l’idée de Keiichiro Toyama.

Radha Mitchell dans Silent Hill

Le film autour de l’univers de “Warcraft” avait tout pour séduire aussi. Sur le papier, on était en droit d’attendre un saga digne du “Seigneur des Anneaux”. Dans la pratique, il aura peut être manqué d’ambition mais il n’en reste pas moins un très bon divertissement si vous n’êtes pas trop tatillon sur le respect de l’oeuvre originale. Comment ne pas citer “Final Fantasy : Les Créatures de l’esprit” qui a fait un véritable four au box office mais qui reste un chef d’oeuvre d’animation qui aura demandé de longs mois pour rendre ces modèles 3D à une époque où aucun outil numérique n’existait réellement. Rajoutons à cela que les univers “Final Fantasy” ont offert une grande liberté à Monotori Sakakibara et Hironobu Sakaguchi. Encore aujourd’hui, il est très impressionnant.

Plus récemment “Pokémon Détective Pikachu” a su convaincre un public assez large. Que ce soit les enfants ou les parents qui ont été bercé dans la Pokémania, ce long métrage est un excellent divertissement. Il y a en a probablement d’autres mais dans leur vaste majorité, ces films restent des produits dérivés sans réelle saveur et c’est très regrettable. On peut aussi citer “The Witcher” qui a été adapté dans une bonne série sur Netflix.

Culture vidéo-ludique

Si les choses semblent évoluer ces dernières années à Hollywood, les franchises du jeu vidéo n’ont jamais eu autant de choses à dire qu’aujourd’hui. L’appétence pour les jeux narratifs montre bien que l’envie que l’on nous raconte de belles histoires est là. La force du jeu vidéo, c’est sa capacité à impliquer le joueur dans ces univers. Une chose que le cinéma ne pourra jamais faire. Et si les meilleurs “films” étaient les jeux eux-mêmes ? Un titre comme “Detroit : Become Human” fait le parallèle entre les deux médias, par exemple. Depuis toujours et surtout depuis l’avènement du CD-ROM, le jeu vidéo est devenu plus cinématographique. On se souvient des premiers jeux FMV qui n’étaient que des films interactifs. Du cinéma augmenté, d’une certaine manière.

Et si le jeu vidéo n’avait plus besoin du cinéma pour exister ? C’est en tout cas la question que l’on peut se poser lorsque l’on voit comment sont traitées ces oeuvres qui ont plus à dire que de simples monstres qui se font exploser à coup de gros flingues à l’écran. En plus d’être insultants pour toute une communauté de gamers, la plupart de ces films n’apportent rien et sont vite oubliés. Une chose plutôt absurde quand on sait que le scénario, les personnages et les univers sont déjà là et qu’il ne reste plus qu’à les mettre en image. Adapter n’est pas simple mais de ce que l’on a vu jusqu’à présent, on peut parler d’oeuvres qui ont été dénaturées et dont le propos a totalement été relégué au second plan.

En tout cas, si le sujet vous intéresse, je ne peux que vous inviter à (re)voir les fabuleuses chroniques de Karim Debbache qui a parlé de bon nombre de ces adaptations dans CROSSED. Des films pas toujours réussies mais qui méritent peut être que l’on s’y attarde. Parfois.

Une page Wikipedia recense également tous les longs métrages tirés de licences du jeu vidéo.

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