Et si on sortait des clichés autour de la pornographie ?

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Lorsque l’on parle de pornographie, il y a toujours beaucoup de clichés dans l’imaginaire collectif. Histoire d’y voir un peu plus clair, nous avons décidé de faire la lumière sur ces fausses idées qui entourent cette industrie. Parce qu’il est toujours intéressant de savoir ce que l’on consomme surtout lorsque l’on sait que la plupart des Internautes regardent régulièrement des contenus pour adultes sur le web.

Couple faisant l'amour

C’est facile à faire

S’il y a bien une chose qui revient régulièrement, c’est cette croyance populaire qui voudrait que le sexe est bon filon et qu’il est très aisé de se lancer dans ce genre du business. La vérité, c’est que cela demande un travail assez colossal et s’il semble assez simple de regarder une vidéo sur Internet, leur production est beaucoup plus complexe qu’il n’y parait. En effet, faire une bonne scène demande beaucoup de préparation mais aussi énormément de temps pour assurer un montage. On ne parle pas forcément de sextapes tournées au smartphone mais bien de petits films qui ont pour objectif de faire monter l’excitation chez les viewers. C’est un métier et ça ne se fait pas du jour au lendemain.

Certaines productions embauchent également de nombreux techniciens. Cela peut aller du technicien son au caméraman, en passant par un spécialiste de la lumière et un réalisateur capable de produire de belles images. On n’imagine pas toujours tout ce qui peut se passer derrière la caméra. Pourtant c’est toute une fourmilière qui peut se mettre à l’œuvre pour une simple scène de 40 minutes.

Même pour une vidéo peu travaillée, il faut aussi prendre en compte le temps nécessaire à sa promotion. Un sujet d’autant plus complexe que la censure généralisée sur la plupart des réseaux sociaux rend très difficile cette tâche. Parce que publier une vidéo chez un hébergeur ne suffit pas. Pour qu’elle soit vue, il faut aussi que les Internautes puissent la trouver. Le moteur de recherche présent sur la plupart des sites de streaming sont rarement suffisants pour s’assurer une certaine visibilité.

Ajoutons à cela qu’il faut entretenir une certaine relation avec les fans. Une chose qui a réellement pris de l’importance notamment chez les amateurs qui tentent d’offrir une certaine proximité que l’on ne retrouve pas forcément chez certaines pornstars internationales. Avec cette visibilité, c’est aussi bon nombre d’attaques, d’insultes et autres jugements de valeurs auxquels doivent faire face ceux qui produisent ce genre de contenus. Dans ces conditions, il est assez difficile de penser que « c’est simple ».

On gagne beaucoup d’argent

Là encore, c’est une grosse idée reçue. Si l’industrie pornographique a connu son heure de gloire dans les années 70 jusqu’au début 2000, de nos jours ça n’est plus la même chose. Les productions ont du faire face à une nouvelle forme de concurrence qui n’existait pas avant. Le porno gratuit a grandement réduit les revenus pour de nombreuses sociétés spécialisées. Aujourd’hui on estime que le marché représente entre 4 et 7 milliards de dollars. Une paille comparée à l’échelle de l’économie numérique.

Malheureusement, l’un des effets collatéraux qu’a entrainé cette transformation, ce sont les conditions de travail qui se sont aussi dégradées au fil des années. Les acteurs·trices sont souvent rémunérés avec des cachets ridicules quand ce ne sont carrément pas certaines productions qui ne proposent pas de contrat de travail. Des droits bafoués qui sont devenu la norme dans certains milieux professionnels. C’est d’ailleurs pour cette raison que vous devriez toujours payer pour le porno que vous aimez afin d’éviter cette nouvelle forme d’exploitation. Tout comme vous le faites pour la musique ou pour le cinéma.

Fort heureusement, on a aussi vu l’essor du porno amateur qui a permis d’enrichir une offre qui tournait un peu rond depuis des décennies. Rares sont les élus qui arrivent réellement à en vivre (comme la plupart des vidéastes ou des streamers sur les plateformes mainstream) et on comprend forcément l’engouement autour de OnlyFans qui permet de générer quelques revenus. Mais dans l’ensemble, on compte sur les doigts de la main ceux qui en vivent à temps plein. Alors que c’est un secteur très populaire dans le domaine du divertissement.

C’est toujours la même chose

L’industrie elle même s’est construite autour de nombreux clichés et ça, on ne peut pas le nier. Entre la blonde à gros seins, le plombier ou le coup de la panne, le porno mainstream a un peu fait le tour de tous les poncifs du genre. Ennuyeux à mourir, en France, on ne peut pas dire que l’on soit particulièrement gâtés. Entre le porno pro-amateur industrialisé ou le porno « chic » qui met en scène toujours les mêmes banalités, on n’en a rapidement fait le tour, c’est un fait.

Toutefois, comme je l’évoquais plus haut, certains amateurs sortent du lot et proposent des choses plus originales et parfois plus proche de la réalité. On y retrouve, par exemple, de vrais couples qui partagent leurs relations sexuelles avec leur communauté. Loin des orgasmes simulés et des performances grandement aidées par la magie du montage. Du sexe dans sa forme la plus simple et qui attire de plus en plus de monde.

On peut aussi évoquer ces nouvelles pornographies réalisées par des femmes ou indépendantes qui cassent de nombreux codes de l’industrie. Un nouveau regard très intéressant et tout aussi excitant. Une approche plus pertinente des rapports femmes/hommes au travers de la sexualité et souvent avec des messages positifs autour du consentement ou de la diversité. A un point tel que la pornographie s’est même politisée et affiche désormais une posture féministe réjouissante.

Uniquement pour les hommes

Une chose est certaine, une grosse majorité des productions sont réalisées par des hommes et pour des hommes mais c’était sans compter la réappropriation des femmes de leurs sexualités. Si le porno féministe a clairement apporté un vent frais sur l’industrie, les autres studios plus mainstream doivent aussi faire face à une demande des femmes qui, croyez-le ou non, sont toutes aussi nombreuses que les hommes à consommer de la pornographie. L’avènement de la mobilité aura grandement favorisé la chose. S’il y a quelques années, elles pouvaient être un peu réticente à se placer devant leur écran d’ordinateur, le smartphone a apporté une certaine intimité et la possibilité de consulter le porno où l’on veut.

S’il n’y a pas réellement de « porno pour les femmes », on sent tout même une attention apporté aux angles de vues et aux sujets qui sont montrés à l’image. Les hommes ont longtemps été le parent pauvre du porno, souvent relégué au rôle de pénis. Bien qu’il y ait encore un peu de chemin à faire, il est évident que les studios ne vont pas laisser de côté plus de la moitié du marché. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’on trouve de plus en plus souvent des scènes qui montrent un peu plus les hommes et leur plaisir.

Des initiatives comme Hot Guys Fuck montrent qu’il y a une certaine appétence de la part des femmes pour ce genre de contenus et qu’il n’est pas forcément nécessaire de se tourner vers le porno gay pour pouvoir enfin admirer la plastique des hommes. Tout n’est pas parfait mais il y a un réel changement qui commence à s’opérer chez certains studios.

Ca a une mauvaise influence

Tout comme le jeu vidéo, la pornographie est souvent sujette à polémique. Si la représentation de la sexualité dans le porno reste cinématographique et très éloignée de la réalité, on sait maintenant que les divertissements n’ont pas d’influence sur les comportements. En revanche, ce que l’on peut déplorer c’est que les plus jeunes doivent se faire une éducation au travers de ce média. Il y a un réel manquement sur cette question et encore aujourd’hui, les voix s’élèvent souvent lorsque l’on évoque la sexualité ou l’approche de la pornographie à l’école, par exemple. Pourtant c’est bien par là qu’il faudrait commencer pour changer les mentalités notamment chez les jeunes hommes qui ne font que copier les comportements qu’ils voient autour d’eux (et pas forcément dans le porno).

On parle aussi souvent d’une dépendance à la pornographie, derrière ce terme se cache surtout un profond problème sociétale où, effectivement, certaines personnes s’enferment là-dedans. Ayant personnellement enquêté sur la question, il s’avère que les profils de ces personnes présentent essentiellement des troubles dépressifs qui demanderaient de vrais soins médicaux plus qu’un simple arrêt de leur consommation de porno. On trouve d’ailleurs dans ces communautés en ligne beaucoup de religieux qui ont trouvé là un bon filon de personnes fragiles prêtes à rejoindre leurs rangs. En vérité, c’est assez sale et ça ne résout en rien un climat anxiogène d’une société malade. La pornographie semble être le coupable tout trouvé. Dans les faits, elle n’a qu’assez peu d’effets sur la chimie du corps.

De manière générale, on aime bien taper sur le porno car c’est un bon moyen de faire passer des idées conservatrices, pour ne pas dire dangereuses. On le voit avec la censure qui tente d’être mise en place en France et qui pourrait bien avoir des effets très néfastes sur le long terme. Aidé par un certain puritanisme nauséabond des réseaux sociaux qui ont plutôt tendance à invisibiliser certaines luttes notamment des communauté LGBT+ ou féministes qui doivent faire face à des algorithmes un peu zélés. Voilà près de 50 ans qu’on avait promis que la société Humaine allait s’effondrer à cause du porno mais dans la pratique, on constate surtout que les jeunes générations se désintéressent de plus en plus à la sexualité. Comme quoi.

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