As-t-on le droit de noter les jeux vidéo ?

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Depuis toujours, la presse vidéoludique utilise un système de notation cher aux éditeurs qui voient là un argument commercial pour faire la promotion de leurs titres. Que ce soit une note sur 5, sur 20 ou sur 100, chaque site spécialisé a choisi sa méthode pour attribuer ce petit chiffre qui fait figure de récompense pour les développeurs.

Note jeu vidéo

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Le jeu vidéo peut coûter cher. Que ce soit du côté de la production ou des joueurs. Les investissements sont colossaux et si la communauté accueille mal un titre, le résultat financier peut être catastrophique. Alors évidemment, les consommateurs sont en perpétuelle recherche d’informations sur les jeux qui vont sortir et tentent de se forger un avis avant de passer à la caisse. La note est souvent un indice de la qualité du produit mais est-elle réellement pertinente lorsque l’on parle d’un produit culturel ?

Hautement subjective, cette fameuse note peut être influencée par de nombreuses choses comme la sensibilité du testeur, son humeur du moment et même la pression de rendre son papier dans les temps. L’interdépendance entre la presse et les éditeurs peut aussi être déterminante dans la manière de noter positivement un titre. Bien que la plupart des journalistes affirment être totalement libres et dépendants, dans la pratique, la plupart des magazines gratuits sont financés par la publicité qui est directement achetée par les éditeurs. On imagine que pour certaines petites structures, il reste complexe de mal noter les produits de ceux qui les font vivre.

C’est là où les médias payants sont intéressants. Lorsque c’est la communauté qui finance un magazine, il peut rester plus indépendant et peut se permettre d’attribuer une mauvaise note à un triple A. On ne va pas se le cacher, les différents “Call of” et autres “FIFA” qui sortent tous les ans ne méritent pas toujours les notes qu’ils reçoivent tant les nouveautés sont souvent futiles et font figure de mise à jour vendues 70 balles.

Il est d’ailleurs curieux que ce rapport qualité/prix soit rarement pris en compte dans les critiques. Pourtant, dès lors que l’on note un produit, c’est un critère essentiel. Le problème c’est que, peut être, le jeu vidéo n’est pas un produit justement.

Œuvre artistique ou produit ?

La critique existe depuis que l’art existe. On aime donner son avis sur les œuvres culturelles. Entraînant, de fait, des discussions sur l’interprétation que l’on peut en faire. Le ressenti par rapport à l’art peut réellement varier. On peut estimer que les toiles de Picasso sont atrocement moches, là où d’autres personnes penseront qu’il s’agit de chef d’œuvres. L’art divise et c’est justement tout ce qui fait son essence. Les goûts et la sensibilité de chacun peut réellement différer d’une personne à l’autre. Donner une note n’a pas de sens puisqu’elle est très subjective. Un site comme Metacritic tente de dégager certaines tendances mais faut-il vraiment se fier à ce que pense la masse ? Contenter le grand public en lui donnant ce qu’il veut, c’est la pire chose qui peut arriver à une œuvres. Si un titre met tout le monde d’accord, quels discussions peut-il entraîner ?

Internet a beaucoup participé à la standardisation des systèmes de notations. On donne son avis sur tout, on attribue des notes ou des étoiles à la musique, le cinéma, à la photo et aux jeux vidéo. Est-ce que tout cela a réellement du sens ? Ne vous est-il jamais arrivé d’aimer une œuvres alors que le grand public la trouvait mauvaise ? De nombreuses créations artistiques se retrouvent alors boudées juste parce qu’elles ont déplu à un grand nombre de personnes. Cela veut-il réellement dire qu’elles n’ont aucun intérêt que l’on ne doit pas s’y intéresser ? La culture du nanar dans le cinéma illustre assez bien ce propos. Malgré des défauts inhérents à des manques de budget, certains fans se passionnent pour ces films qui, parfois, nous plonge dans des univers farfelus dans lesquels aucun producteur ne voudrait s’aventurer. Ces mauvais films ont même parfois des sous-textes assez profonds lorsque l’on arrive à s’affranchir de certains codes normalisés.

Et si un jeu que le grand public estime mauvais pouvait vous parler au plus profond de vous ? Vous trouveriez naturel de voir sa note injustifiée. L’inverse est vrai également. On ne compte plus le nombre de titres qui se font encensés par la presse mais qui se font défoncer par la communauté de joueurs. Dans ce cas, on se demande si une note est réellement pertinente puisque personne n’est capable d’attribuer le même score. J’ajouterais que si on se basait sur les standards actuels et si on reste très factuel, un jeu comme Minecraft ne mériterait même pas la moyenne tant on peut estimer que ses graphismes sont à la ramasse. C’est très vrai pour de nombreux jeux indépendants qui surfent sur la vague du rétro. Pourtant ils obtiennent de bonnes notes. Les critères changent donc d’un titre à l’autre ?

De quel droit ?

Noter un aspirateur ou une machine à laver est pertinent. Ce sont des produits qui ont des fonctions et nous sommes en droit d’attendre qu’ils exécutent parfaitement leurs tâches. Une œuvre culturel a-t-elle une fonction ? Dans le cas du jeu vidéo, on attend qu’il soit divertissant mais a-t-il l’obligation de l’être ? En standardisant ainsi nos attentes, on standardise aussi la créativité. Typiquement, on imagine difficilement un titre qui baserait tout son concept autour de l’ennui. Il aurait forcément une mauvaise note. Cela indique aussi que certaines thématiques ne pourraient donc pas être abordées pour obtenir sa bonne note.

Si on souhaite que ce média continue à évoluer, il sera intéressant de savoir quelle place on veut lui donner. Un jeu se doit-il d’être fonctionnel ou doit-il provoquer des émotions qui seront toujours très subjectives ? Il ne fait aucun doute que ces divertissements puisent de nombreuses inspirations dans l’art, pourquoi devrait-ils alors être seulement considéré comme des produits ? En notant les jeux et plus généralement les œuvres d’esprit, on favorise la standardisation pour mieux répondre aux attentes du consommateurs. Un chemin dangereux qui pourrait même mener à une certaine forme de pensée unique.

Vers la suppression des notes

Je ne sais pas comment vous consommez les œuvres artistiques mais l’expérience me fait dire que ces notes que l’on attribue de manière subjective sont rarement pertinentes. Il m’arrive fréquemment de tomber sur des jeux bon marché, boudés par la critique et les joueurs sur lesquels je passe de très bons moments. Le meilleur exemple récent, c’est Mass Effect : Andromeda. Un jeu très mal reçu par la communauté et qui a obtenu des notes “correctes” dans l’ensemble. Pourtant c’est l’une de mes meilleures expériences vidéoludique que j’ai eu sur cette génération. L’univers, l’histoire et les personnages m’ont touché, là où la plupart des joueurs n’ont pas aimé.

Avec le temps, j’ai tendance à me détourner des avis de la presse et des Internautes. J’opte plutôt pour regarder des vidéos de gameplay par des joueurs lambda qui montrent ce que contient le jeu. Pour tout le reste, c’est ma sensibilité et mes propres attentes qui feront que je me tourne vers un titre plutôt qu’un autre. La vérité, c’est qu’il n’y a que vous qui pouvez savoir ce qui vous touchera ou pas. Une note ne veut absolument rien dire. Elle permet juste de satisfaire les attentes commerciales de la presse et des éditeurs. Même avec des défauts, un jeu peut avoir du sens et de l’intérêt. Certains passeront à côté et c’est regrettable.

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